Notre quartier de centre ville a connu ces 3 dernières années, des travaux qui ont perturbé notre quiétude et celles des commerçants. Ces travaux ont pris fin en juillet dernier faisant apparaître un environnement métamorphosé. Pas de transformation des espaces bâtis ou des axes de circulation qui aurait pu nous déconcerter mais une requalification de ceux-ci dans le but ambitionné du projet de réhabiliter les réseaux vieillissants, redonner un éclat nouveau aux façades, raviver l’attrait du centre ville et mettre en valeur notre tissu urbain au profit des hyéroises, des hyérois et des nombreux visiteurs attirés par le charme de notre cité
Le tissu urbain du cœur de ville.
Quel est-il ce tissu urbain qui fait le charme de notre quartier ? En analogie avec les motifs dessinés par les îlots de construction que l’on peut observer en survolant le quartier, ce tissu est défini principalement par les zones pleines construites qui constituent la maille et les vides de la voirie, des parcs et espaces verts qui en constituent la fibre.

Dans le cas de notre quartier du cœur de ville, ce tissu urbain pourrait s’apparenter à un patchwork où les différentes époques du développement de notre cité et l’interaction entre la population et les activités des hommes ont laissé des empreintes identifiables sous forme d’une trame en damier avec des particularités architecturales souvent remarquables.
Retour en arrière.
Pour remonter aux origines de l’urbanisation de notre quartier, il faut faire un saut de 3 siècles en arrière ou les citoyens de notre ville se cantonnaient pour la plupart à l’abri des remparts moyenâgeux. Notre région était alors reconnue pour la culture des orangers qui ont séduit Catherine de Médicis lors de son passage en 1564 en compagnie de son fils, le roi Charles IX. Les campagnes au sud des remparts étant libres de toute construction, cette dernière fera établir sur les terrains de l’actuel Park Hôtel, le domaine des jardins du Roy (Jardin Farnous) qui fournira les orangeries des Tuileries et de Versailles.

Il faut remonter au début du mouvement des hivernant attirés par la douceur de notre climat pour voir apparaître les premières constructions au sud des remparts qui signent le début de l’urbanisation de notre quartier. C’est la baronne de Chaintré en 1760 qui est à l’origine de ce mouvement. Par un bail emphytéotique, elle prend possession d’un terrain qui pourrait correspondre à l’actuelle place Clémenceau pour faire construire une vaste demeure acquise plus tard par Alphonse Denis, maire de la ville. Si à la veille de la révolution, de 1789, la ville accueille déjà de nombreuses familles d’hivernants de la haute société, ces derniers logent dans des pensions de familles et la ville reste circonscrite à l’intérieur des remparts.
La présence anglaise.
L’installation d’une présence anglaise à Hyères et les bienfaits de notre climat sur la santé, vanté par les médecins, vont renforcer l’attrait touristique à la fin du XVIII siècle et contribuer à l’urbanisation de notre quartier. Au début du XIX siècle les premiers damiers de cet urbanisme apparaissent au sud des remparts avec l’extension d’une nouvelle ville qui vient se juxtaposer à la ville médiévale pour peu à peu la supplanter. Les premiers immeubles se construisent, s’adossent aux remparts ou les remplacent avec une priorité donnée à l’axe est-ouest entre la porte de la Rade et la Porte du Fenouillet. Les terres au sud sont toujours des sols réservées à l’agriculture.

Cherchant à développer l’attrait touristique de la ville, le conseil municipal conduit par le maire Alphonse Denis dans les années 1860 décide de tracer la future avenue Gambetta. Cette décision est à l’origine de l’extension de notre quartier en direction de la gare et du Parc Olbus Riquier qui s’ouvre au public en 1876. Le riche industriel et investisseur Alexis Godillot va poursuivre ce mouvement en traçant d’autres voies de circulation comme l’avenue Beauregard qui rejoint et traverse l’avenue Gambetta. En s’aidant d’architectes comme Jean Baptiste Maurel ou Pierre Chapoulard il fera construire de nombreuses villas d’architecture dont certaines d’inspiration néo-mauresque et Arts Nouveaux. C’est aussi l’époque des grands magasins, les rez-de-chaussée s’ouvrent aux commerces avec le percement des vitrines et plus tard la construction des Dames de France sur l’avenue Gambetta en 1895.

Des immeubles, mais aussi des vastes demeures d’architectes s’édifient le long de ces avenues et qui prennent l’appellation de villas car elles sont dotées de jardins remarquables. Il n’y a pas de style particulier, mais un éclectisme en la matière qui reprend les codes architecturaux entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle.
Une urbanisation maîtrisée.
Cependant la ville prend conscience de la nécessité de maîtriser sont développement en suivant les directives d’urbanisme de la loi Cornudet de 1919. En tant que ville de plus de 10 000 habitants, elle se dote à son tour d’un plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension (PAEE) en 1928 qui prend en compte l’urbanisation des espaces mais également les réseaux d’adduction et d’évacuation ainsi que la voiture et les transports qui commencent à prendre une place significative au sein de la cité. Ce plan sera le précurseur des futurs Plan d’Occupation des Sols (POS) et du Plan Local d’Urbanisme (PLU) que nous connaissons aujourd’hui.

Dans les années d’après guerre 39/45, on assiste à une densification du tissu urbain et la construction d’îlots d’habitation de part et d’autres des avenues Victoria et Ambroise Thomas. Ils sont constitués de villas individuelles plus ou moins cossues se rapprochant d’un style régional néo provencal avec des toits à faibles pentes, couverts de tuiles romaines assortis de rangs de génoises. C’est plus tard que l’on verra s’ériger des immeubles modernes au cœur de notre quartier en remplacement de certaines villas avec les nouvelles techniques de construction en hauteur.
Les temps modernes.
À partir des années 1960, les dernières campagnes horticoles au sud de notre quartier laissent la place à des résidences en habitat vertical jusqu’au contact du boulevard Ritondale. A ce jour les espaces vides dans notre quartier sont pratiquement inexistant et les propriétaires de ces terrains attendent le moment opportun pour négocier leurs biens. Les investisseurs traquent les moindres terrains propices à la construction et l’on a vu récemment un petit parking d’une dizaine de voitures se transformer en un immeuble de standing de 5 étages dans l’impasse Gambetta et dans l’avenue du 8 mai 1945 un immeuble de 4 étages est venu remplacer une villa individuelle.

Pour résumer
La physionomie de ce tissu urbain tel qu’il apparaît aujourd’hui, est constitué :
- En limite de la ville moyenâgeuse, sont construits des immeubles du XIX siècle qui nécessitent pour beaucoup une rénovation d’importance. Leur ancienneté pousse parfois à détruire pour mieux reconstruire sur des bases saines et des techniques novatrices. C’est le cas récemment de l’immeuble des Halles Victoria sur l’avenue des Îles d’Or.
- Le long des percées de voirie de la fin du XIX siècle des grandes avenues Gambetta, Joseph Clotis, des immeubles et villas d’architectes sont édifiés dont certains font l’objet de ravalement et de réhabilitation majeure comme la très belle villa Beauregard au 11 de l’avenue Ernest Millet. C’est sur ces avenues que l’on retrouve des édifices public de style néo-classique avec des intérieurs en opposition art déco comme la Banque de France (aujourd’hui musée), le Petit Casino de jeu (aujourd’hui Hôtel de Ville), la Galerie des Palmiers, Les Dames de France (aujourd’hui un fast food), Le Grand Casino des Palmiers, etc..

- Dans la frange sous les avenues Millet, Jean Aicard, Mal Lyautey, on trouve des îlots de villas construites après guerre 39/45 et dont la génération des propriétaires finit de disparaître. La transmission de ces biens donne lieu à des constructions parfois en déshérence dans l’attente de succession et qui nécessitent des rénovations et des mises aux normes de sécurité et de confort.
- Au contact de la voie Ritondale, apparaissent les copropriétés construites à partir des années 1960 comme le Vendome, le Lafayette, Aureto, le Vinci, 1970 comme le Roqueyrol, les résidence du Luxembourg et plus récemment dans les années 1980 des copropriétés comme le Château d’Argent, les Grégoriennes, Le Victoria Parc, etc..
La densité du tissu urbain dans notre quartier du cœur de ville laisse peu de place aux espaces verts que l’on retrouve uniquement dans les jardins des villas ou au sein des résidences proches de la voie Ritondale dont certaines ont la chance de profiter de piscines collectives privées. Il n’est pas de la vocation de notre quartier de cœur de ville d’avoir des grands espaces verts public, cependant il existe quelques squares propices à la détente à proximité des bâtiments administratifs comme les jardins de la mairie, du Grand Casino ou ceux du Park Hôtel avec un espace pour les jeunes enfants. Il faut reconnaître que notre quartier de cœur de ville est plutôt tourné vers le commerce de proximité avec dans les axes principaux de larges vitrines et de nombreux commerces. Néanmoins les rues piétonnes du cœur de ville et les larges trottoirs plantés de palmiers des avenues Gambetta et Joseph Clotis restent propices à la flânerie et aux promenades en famille.
Aujourd’hui
Le Plan Local d’Urbanisme sous la férule des architectes des bâtiments de France encadre strictement les projets de construction et de rénovation du quartier afin de conserver l’identité que nous lui connaissons. Avec la requalification des 3 avenues la ville propose aussi une opération financée en grande partie par la Métropole TPM pour aider et assister les propriétaires dans leur projet de travaux. Cette aide à l’amélioration de l’habitat (OPAH RU), à la fois technique et financière permet la réhabilitation et l’embellissement de façades qui profitent à la mise en valeur de notre patrimoine commun. Il faut cependant regretter la présence de verrues dans cet environnement qui sont constituées de constructions et jardins délaissés, voir abandonnés comme celles situées au carrefour entre la rue Georges Auric et l’avenue Gambetta ou encore les immeubles au début de l’avenue des Îles d’Or.

CIL Gambetta
Références :
- Hyères. Inventaire général des monuments,
- Hyères les palmiers 18550-1930. Moncorger, Thibault.
- Hyères une ville en image. Jacquemin, Odile.


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